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« Plan Juncker : un espoir à concrétiser »


Terminale   Union européenne  

Source : Christian de Boissieu (Cercle des économistes), Boursorama, 8 décembre 2014

 

Le plan de relance économique présenté récemment par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a été accueilli avec scepticisme. Pourquoi ce manque de crédibilité ?

 

La panne de l’investissement est au cœur de la crise européenne. Son recul se confirme trimestre après trimestre, alimenté par l’incertitude et les risques, l’instabilité des réglementations et des règles fiscales… et ce malgré des taux d’intérêt qui ont rarement été aussi bas et des liquidités abondantes. Il n’y aura pas de reprise de l’investissement et de l’emploi sans retour de la confiance, sans retournement des anticipations de tous les acteurs économiques, en particulier des entreprises.
Le plan Juncker de 315 milliards d’euros sur trois ans, à investir dans les pays de l’UE et dans des secteurs clés (numérique, nouvelles technologies en général, infrastructures, soutien aux PME, etc.), est donc plus que bienvenu. Il nous redonne enfin le sens du long terme, alors que la crise n’a fait qu’accentuer la myopie ambiante. L’Europe n’a plus droit à l’erreur. Le plan Juncker est une bonne idée, mais aujourd’hui il manque de crédibilité. Voici pourquoi.
1- Ce plan représente quantitativement trop peu : un peu plus de 100 milliards par an, soit 0,6% du PIB de l’UE. C’est mieux que rien, mais c’est insuffisant à la fois au regard de l’impulsion à donner et de l’épargne privée disponible en Europe pour financer des projets.
2- En même temps, ce plan n’est pas crédible tant qu’il n’est pas financé. Dans le schéma proposé, il y aurait l’apport de 21 milliards d’argent public (venant de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) pour 5 milliards et du budget européen et de garanties publiques pour 16 milliards), pour aboutir après le jeu de plusieurs effets de levier à 315 milliards. Un effet de levier de 15, correspondant donc à une très forte mobilisation de financements privés, est-ce crédible ? Certes, la BEI a déjà pu compter sur des leviers supérieurs à 15. Mais le plan Juncker est une opération d’une autre ampleur, et la venue des financements privés dépendra des conditions (rendement et risque) qui leur seront faites et de leur plus ou moins grande association à la gouvernance de l’ensemble. Mon sentiment est qu’un levier de 15 relève quand même d’un pari audacieux !
3- Dans la sélection des projets comme dans les financements et la gouvernance du dispositif, il faudra compter sur une coopération étroite entre le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) créé à cet effet et les banques nationales de développement des pays-membres (en France, la CDC et BPI France). Or, malgré le rôle joué par la BEI pour faciliter la cohérence entre l’étage européen et les initiatives nationales, le climat de confiance entre les uns et les autres devra être amélioré.
4- Le plan Juncker doit s’ajouter, et non pas se substituer, aux mesures nationales en faveur de l’investissement. Ici intervient un problème d’aléa moral : certains pays-membres pourraient être tentés de tirer argument de l’existence du plan pour réduire l’ambition et les moyens de leur politique en faveur de l’investissement. Plus de concertation entre les instances européennes et les pays-membres est nécessaire pour éviter un tel détournement du plan Juncker.