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La Grèce peut-elle échapper aux chasseurs de dettes ?


Terminale   Union européenne  

Source : Jean Quatremer, Libération, 3 février 2015

 

Aléxis Tsípras, le nouveau premier ministre grec élu sur un programme de refus des politiques d’austérité, veut négocier la restructuration de la dette de son pays. Les marges de manœuvre du gouvernement Syriza semblent pourtant étroites.

 

1/ Qui possède la dette grecque ?
La Grèce a été sortie des marchés en mai 2010 (ces derniers réclamaient des taux d’intérêt impossibles à payer) et a dû faire appel à l’aide européenne pour se financer. En raison d’une très longue récession, de six ans au total, la dette grecque, qui s’élève au total à 321 milliards d’euros, représente aujourd’hui 177% du PIB. A la suite des programmes d’assistance financière de 2010 et 2012, près de 80% de ce montant est désormais détenu par la zone euro - prêts bilatéraux et mécanisme européen de stabilité (MES) - et le FMI, soit très exactement 226,5 milliards d’euros. A cette somme, il faut ajouter les quelque 25 milliards de bons du Trésor grec (le chiffre de 2014 n’est pas encore public) que la Banque centrale européenne (BCE) possède encore suite à son intervention sur le marché secondaire (celui de la revente) entre 2010 et 2012 […].
2/ La dette est-elle soutenable ?
A priori, non, même si le budget grec est en excédent primaire (hors paiement des intérêts de la dette) depuis 2013 et que la croissance est enfin de retour depuis 2014 (entre 2 et 3% attendus en 2015). Mais pour rembourser la dette, il faudrait que l’Etat dégage un excédent primaire de 4,5% du PIB durant une très longue période, ce que seules la Belgique et l’Irlande ont réussi à faire dans le passé. Beaucoup estiment cet objectif impossible à atteindre, d’autant plus qu’il supprimerait toute marge de manœuvre budgétaire au nouveau gouvernement. […]
3/ Et si la Grèce faisait défaut ?
La Grèce a déjà fait défaut : en octobre 2011, la zone euro a décidé de restructurer la dette privée. Les créanciers privés (banques, assurances, fonds de pension) ont dû accepter une perte de 50 à 70 % sur la valeur des bons du Trésor qu’ils détenaient, le tout pour un montant de 115 milliards d’euros… Cette fois-ci, un défaut sur la dette détenue par les Etats et le MES affecterait directement les budgets nationaux des pays de la zone euro et donc les contribuables. Outre les prêts bilatéraux, les partenaires d’Athènes - y compris des pays plus pauvres que la Grèce au sein de la zone euro comme le Portugal, la Slovaquie ou la Lettonie - sont garants des prêts accordés par le MES. Il en coûterait ainsi 41 milliards à la France, soit près de 700 euros par habitant (une soixantaine de milliards pour l’Allemagne, 44 pour l’Italie, 29 pour l’Espagne).
Dans un tel cas, la Grèce ne pourrait plus demander l’aide de la zone euro ni se financer sur les marchés. Pour rappel, elle n’y a toujours pas accès, contrairement au Portugal ou l’Irlande, sortis du plan d’aide européen. Il faudrait qu’elle assure ses dépenses avec ses seules recettes, ce qui est possible, son budget étant à l’équilibre primaire. Mais le gouvernement ne pourrait alors pas financer son plan de relance, qu’il estime à 12 milliards d’euros faute d’argent frais… Pis, s’il venait à l’esprit du gouvernement Tsípras de ne pas rembourser le FMI ou la BCE, ce serait « la guerre ». Avec le FMI, qui ne peut accepter une telle perte, mais aussi avec l’institution francfortoise qui, dans un tel cas, couperait l’accès des banques grecques à ses liquidités, ce qui provoquerait un effondrement du système financier local. Le « Grexit » deviendrait dès lors inévitable : un départ de la zone euro qui ne pourrait se faire qu’en quittant également l’Union (c’est le traité), ce qui la priverait des aides du budget européen (2,9% du PIB en 2013). […]