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Croissance européenne : la reprise, oui mais...


Terminale   Union européenne  

Source : Romaric Godin, La Tribune, 15février 2015

 

La croissance de la zone euro a atteint 0,3 % au quatrième trimestre 2014. Un léger redressement qui n’augure pas forcément d’une poursuite du mouvement.

 

Les chiffres de la croissance dans la zone euro au quatrième trimestre sont bons, parfois même très bons. Partout, à quelques exceptions près, la croissance se redresse. Au final, le chiffre pour la zone euro atteint 0,3 % (après 0,2 % au trimestre précédent). […]
Moteurs de la croissance
Les composantes de cette croissance ne sont pas encore connues. Néanmoins, les économistes de BNP Paribas estiment que c’est la consommation des ménages qui aurait apporté l’essentiel de la progression. Ce redressement des dépenses des ménages s’expliquent par deux éléments : la faible inflation qui, sous la pression des prix de l’énergie, s’est muée en recul des prix au cours du trimestre. Comme toujours dans de tels cas, le pouvoir d’achat en profite immédiatement et la consommation suit. D’autant que le consommateur allemand s’est montré très dispendieux en cette période de Noël et, qu’au sud du continent, l’étreinte de l’austérité a commencé à se défaire lentement.
L’autre moteur de cette reprise, ce sont les exportations. Avec un facteur déterminant : la baisse de l’euro. La monnaie unique a évolué au cours du quatrième trimestre entre 1,25 et 1,21 dollar contre 1,36 et 1 ,31 dollar au cours du trimestre précédent. Cette amélioration de la compétitivité-prix ajoutée à un effet de rattrapage de certaines commandes gelées au cours du printemps et de l’été au plus fort de la crise ukrainienne a donc soutenu cette croissance des exportations. […]
La dynamique se poursuivra-t-elle ?
Les économistes estiment que le mouvement de reprise pourrait encore s’accélérer. Et certes, l’inflation faible et l’euro faible devraient devenir continuer à perdurer dans les mois à venir. Une révision à la hausse des perspectives de croissance pour l’an prochain devrait intervenir dans les prochaines semaines. Mais il faut prendre garde aux excès d’enthousiasme qui ont déjà été monnaie courante au cours des trimestres précédents (à la mi-2013 ou au début de 2014, par exemple). Car la reprise européenne est menacée par plusieurs dangers.
Atonie de l’investissement
Le premier est celui de la poursuite d’une atonie de l’investissement. L’inflation faible a certes, dans un premier temps, un effet positif sur la consommation. Mais elle pèse sur les marges des entreprises en leur ôtant tout « pricing power »1. À terme, et si cette inflation faible, voire négative, persiste, les entreprises vont devoir, au mieux, remettre à plus tard leurs investissements ou, du moins, les freiner. Or, l’investissement est toujours le maillon faible de la croissance de la zone euro. C’est l’élément qui l’empêche de quitter les basses-eaux où elle végète depuis le printemps 2013.
Une demande externe incertaine
Ceci est d’autant plus important que la demande reste peu dynamique. La demande externe est certes dopée par l’euro faible, mais la croissance du commerce mondial sera sans entrain cette année, notamment parce que la croissance chinoise devrait ralentir et que les émergents sont un relais de croissance peu fiable. La guerre des monnaies offre donc plus de parts de gâteau à l’Europe, mais le gâteau ne grossit pas réellement. Surtout, nul ne sait comment va évoluer cette guerre des monnaies. La Fed va-t-elle, face à une BCE agressive, tenter de freiner l’appréciation du dollar ? Jusqu’où les autorités américaines peuvent-elles accepter la baisse de l’euro ? Voici un pilier de la croissance européenne qui semble bien fragile.
Concurrence interne forte
De même, au sein de l’UEM, la concurrence semble forte. L’Allemagne, on le sait, est une locomotive bien peu dynamique. […] Parallèlement, les politiques de dévaluation interne de l’Espagne mettent la pression sur la France et l’Italie. Les gains de parts de marché espagnoles se font souvent au détriment de ces deux pays qui, pour réagir, vont devoir, eux aussi, « ajuster. » Il leur est en effet impossible de lutter désormais sur des gammes plus hautes, là où l’Allemagne occupe une position dominante. Ces luttes pour la compétitivité par la compression de la demande interne pèseront sans doute dans l’avenir sur la croissance européenne. […]
Au final, cette reprise semble décidément bien poussive et fragile. Au reste, si la BCE a lancé le 22 janvier une offensive pour redresser les anticipations d’inflation, c’est qu’elle sait que la dynamique est faible et qu’il faut la soutenir. […]
1. Capacité d’une entreprise ou d’une marque à augmenter ses prix, sans que cela n’affecte la demande pour ses produits ou ses services.