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Tout comprendre sur la dette grecque en six étapes


Terminale   Union économique et monétaire  

Source : Marie Viennot, Catherine Petillon et Florent Latrive, France Culture, 27 juillet 2015

 

La dette grecque n’en finit pas d’être à la une de l’actualité. Pourquoi fallait-il trouver un nouvel accord fin juin ? Comment tout cela a commencé ? Pourquoi a-t-on prêté à la Grèce, qui a prêté, combien peut-on perdre ? Réponses à ces questions cruciales pour l’avenir de l’euro et de l’Europe.

 

Pourquoi la Grèce a besoin d’argent en ce moment ?

L’aide versée à la Grèce l’est tranche par tranche, et à chaque tranche, les créanciers (BCE, FMI, Etats de la zone euro = feu la troïka), conditionnent le versement de chaque nouvelle tranche à la mise en place en Grèce de réformes. […]
A chaque plan d’aide, les créanciers et la Grèce se mettent d’accord sur des hypothèses qui ne se réalisent jamais. Croissance, rentrée des impôts, recettes de privatisations : les prévisions sont toujours trop optimistes. Arrive donc le jour où la Grèce manque d’argent, et fatalement il faut renégocier (toujours dans la douleur). En 2012, il était prévu que le ratio dette/PIB soit de 153% en 2015. La réalité d’aujourd’hui s’élève à 175%. De fait, les plans d’austérité, corollaires des plans d’aide, ont fait chuter le PIB grec de 25% depuis 2009. Résultat, malgré l’annulation de 107 milliards d’euros de dette sur les créanciers privés (aussi appelé haircut - "coupe de cheveux"), le ratio dette/PIB a explosé.

Pourquoi avoir prêté de l’argent à la Grèce ?

Avant la première crise grecque (2009-2010), l’Etat émettait des bons du trésor (on dit aussi "titres de dette" ou "obligations souveraines"). Tous les Etats qui n’arrivent pas à équilibrer leur budget font cela, Etats-Unis en tête. Ces bons du trésor sont achetés sur les marchés financiers. Par qui ? Par des fonds d’investissement, des assureurs plaçant l’assurance-vie des petits épargnants, des gérants de fonds ou de fortunes privées, des fonds de pension gérant des retraites, ou encore des banques. Ces investisseurs peuvent ensuite conserver ces titres, et toucher les taux d’intérêt afférents, ou les vendre sur ce qu’on appelle le marché secondaire, qui est comme un marché de l’occasion des titres de dette.
En octobre 2009, peu après les élections, le nouveau premier ministre Georges Papandréou (PASOK) fait la vérité sur les chiffres du déficit grec. Il n’est pas de 6% comme annoncé par le précédent gouvernement, mais de 12.7% du PIB pour 2009. Pourquoi un tel déficit ? Les avis divergent sur la question. En résumé, pour certains, c’est la faute des Grecs qui ont dépensé sans compter, pour d’autres, c’est l’entrée dans la zone euro qui a déstabilisé l’économie du pays. […] Quoi qu’il en soit, ces nouveaux chiffres obligent les agences de notation à revoir la note qu’elles attribuent à la Grèce. De A, la note de la Grèce dégringole de mois en mois, ce qui veut dire que le risque que la Grèce ne rembourse pas sa dette, lui, grandit. Certains acteurs sur les marchés financiers se mettent à paniquer, d’autres en profitent pour parier financièrement sur la faillite de la Grèce via des produits financiers complexes (et depuis interdits par l’UE) : les CDS à nu. Les détenteurs de titres de dette, eux, cherchent à les revendre. Les prix de ces bons s’effondrent, montrant le peu de confiance qu’inspire la Grèce. Bien sûr, quand elle vient demander de l’argent sur les marchés financiers pour boucler son budget, comme elle le faisait sans problème auparavant, plus personne ne veut lui prêter, sauf à des taux exorbitants (les taux d’intérêt grandissent avec le risque que l’emprunteur ne rembourse pas). Le 23 avril 2010, la Grèce reconnaît qu’elle n’a plus les moyens de subvenir à ses besoins et fait appel à une aide internationale.

L’Europe à l’aide : la dette grecque passe du secteur privé au public

En 2010, les banques européennes ne sont pas tout à fait remises de la faillite de Lehman Brothers. Les potentielles pertes que représente le non remboursement par la Grèce d’une partie de sa dette font craindre de nouvelles faillites bancaires dans la zone euro, en Grèce mais aussi en France et en Allemagne. […]
Le premier plan d’aide a donc consisté en une chose très simple : faire passer la dette grecque des mains, ou plutôt des tiroirs caisses, du privé à ceux du public. Le FMI et les Etats de la zone euro prêtent 110 milliards d’euros à la Grèce et la BCE se met à racheter des titres de dette grecque pour éviter que leur prix ne s’effondre. Le deuxième plan d’aide est scellé le 27 octobre 2011. Il prévoit une nouvelle aide de 130 milliards d’euros, une annulation de 107 milliards d’euros de ce que doit la Grèce aux créanciers privés (banques, fonds, etc.), et une recapitalisation des banques grecques, c’est à dire un don en capital.
En deux plans d’aide, la dette grecque a donc changé de structure. Par cette transformation, ce sont des entités publiques (FMI, BCE, FESF1, États de la zone euro) qui ont remplacé les investisseurs privés, puisqu’ils détiennent maintenant 75% de la dette grecque, contre 0 avant la première crise. Voilà pourquoi, un potentiel défaut de la dette grecque n’a pas provoqué de panique sur les marchés financiers. En revanche c’est devenu le problème commun des citoyens-contribuables de la zone euro. Au total, la dette de la Grèce s’élève à 312.65 milliards d’euros.[…]

Qui va payer si la Grèce ne peut pas payer sa dette ?

Au niveau des principes, on peut dire que quand un pays fait défaut, il fait rarement défaut sur la totalité de sa dette, et continue à en rembourser une partie. Or il y a des créanciers prioritaires. Généralement le FMI est un créancier prioritaire, mais cela pourrait ne pas être le cas cette fois. La BCE se considère également comme un créancier prioritaire. De fait, les Etats de la zone euro risquent, eux, de ne pas être prioritaires. Comme ils ont emprunté l’argent prêté à la Grèce, ou garanti les prêts du FESF, ils auraient à les rembourser à la place de la Grèce.
Si c’est le cas, si une restructuration de la dette grecque est négociée et comporte une annulation d’une partie de la dette (ce que l’Allemagne pour le moment exclut) cela aura des conséquences sur leur budget à partir de 2020, car c’est à ce moment-là que la Grèce était censée rembourser le capital emprunté. Mais d’ici là, il peut se passer beaucoup de choses, et en 2020 il y a toujours la possibilité d’emprunter à nouveau. C’est ce que font quasiment tous les Etats à qui les marchés financiers accordent leur confiance : ils empruntent pour rembourser les précédents emprunts. Cela fonctionne tant que les marchés financiers font confiance en l’Etat en question, mais cela n’est pas éternel comme on le voit avec la Grèce. […]
1. Fonds européen de solidarité financière : fonds auquel participe chaque pays de la zone euro en fonction de son poids économique ; il a aussi prêté à l’Irlande et au Portugal.