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La Fed va-t-elle remonter les taux ?


Terminale   Croissance et fluctuations économiques  

Source : Vittorio De Filippis, Libération, 17 septembre 2015

 

La Banque centrale des Etats-Unis hésite à remonter ses taux directeurs. Relever les taux pourrait déclencher une panique sur les marchés financiers, mais les maintenir à un bas niveau est tout aussi risqué.

 

Faucons contre colombes

Depuis plusieurs mois, deux visions s’opposent à l’intérieur du FOMC (Federal Open Market Committee). D’un côté, ceux qui plaident pour une remontée progressive des taux. De l’autre, ceux qui estiment que la machine économique est loin d’être sortie d’affaire, et qu’il n’y a donc pas lieu de déclencher une hausse des taux. Voilà des mois que les médias américains ne cessent de qualifier les premiers de faucons... et les seconds de colombes.
L’opposition entre les deux camps illustre à la perfection deux lectures diamétralement opposées de l’état dans lequel se trouverait l’économie américaine. Les arguments avancés par les membres de la Fed favorables à un resserrement monétaire (les faucons) sont, a priori, relativement simples. Il y a d’abord la croissance économique : négative en 2009 (-2.8%), au lendemain de l’explosion de la crise des subprimes, elle a repris des couleurs depuis, flirtant aujourd’hui avec les 3%. De quoi faire pâlir nombre de pays européens.

Un chômage au plus bas...

Il y a ensuite le chômage. Là encore, chaque mois qui passe apporte une embellie. En octobre 2009, la crise (encore) avait fait exploser le taux de chômage à un niveau record de 10%. Du jamais vu depuis des décennies. Il y a tout juste un mois, le taux de chômeurs américains n’était plus que de 5,1%. Jamais les Etats-Unis n’avaient connu une telle vitesse de décélération.
D’ordinaire, à ce niveau-là de chômage, les économistes parlent de plein-emploi. Avec tous les dangers (du moins théoriques) qu’un tel taux comporterait. Drôle de paradoxe, qu’un économiste néo-zélandais, William Phillips, a mis en évidence dans les années 50. Il estimait qu’il existe une relation entre faible taux chômage et hausse des salaires. Plus une économie serait en bonne santé, plus les salariés seraient en position de force pour exiger des hausses de salaires, accroissant ainsi les coûts de production des entreprises, lesquelles n’auraient d’autres choix que d’augmenter les prix de ventes pour restaurer leurs profits. Avec, au bout de cet enchaînement, une hausse générale des prix faisant perdre à une économie ouverte une partie de ses avantages concurrentiels externes.

... en apparence

Mais voilà, les économistes sont plus que divisés sur cette question du plein-emploi, comme ils le sont d’ailleurs sur l’état de l’économie américaine en général. Certes, le taux de chômage est faible, mais pas au point d’avoir déclenché une hausse de l’inflation. Pire, cette dernière continue sa glissade vers le niveau zéro, faisant craindre une entrée en territoire déflationniste. […] Selon le prix Nobel d’économie Paul Krugman, cette recension statistique des sans-emploi ne tient pas compte d’un grand nombre de situations de détresse. « Que deviennent les individus qui voudraient travailler, mais ne sont pas activement en train de chercher parce qu’il n’y a pas d’emploi à trouver, ou parce qu’ils se sont découragés à force de recherches infructueuses ? », écrit-il dans son dernier ouvrage, Sortez-nous de cette crise maintenant ! (Flammarion).

« Mieux vaut prévenir en relevant les taux »

Dans le sillage de Krugman, beaucoup d’économistes américains multiplient donc par deux le taux de chômage. La Fed n’aurait donc aucune raison de se précipiter pour agir. « Certes, les faucons ne peuvent nier la réalité des chiffres d’une inflation faibles, estime l’économiste Jean-Louis Mourier (société de Bourse Aurel). Mais ils font valoir que ces chiffres sont les résultats d’un baril de pétrole dont le prix ne cesse de baisser, au point de tirer vers le bas le niveau général des prix. Hors énergie, l’inflation est bien plus haute, se situant aux alentours de 1,5%. Ceux qu’on nomme les faucons estiment que, tôt ou tard, la tendance de l’inflation finira par s’inverser à la hausse. Alors, ils plaident pour une politique monétaire de précaution : mieux vaut prévenir en relevant les taux que guérir trop tard et donc trop brutalement, au risque de mettre en panique l’ensemble des marchés financiers mondiaux. » […]

Si les taux grimpent, les marchés pourraient-ils paniquer...

De nombreux fonds de pension ont, jusqu’ici, profité de la politique monétaire à très faible taux de la Fed pour s’endetter et ensuite placer ces sommes sur des actifs financiers à haut risque. Janet Yellen [la présidente de la Réserve fédérale] pourrait, en cas de hausse des taux de la Fed, déclencher un vent de panique sur les marchés financiers. Or, beaucoup de ces investissements sont considérés comme faiblement rentables. Une hausse des taux ne ferait qu’accélérer des ventes massives, histoire de rembourser au plus vite des emprunts peu rémunérateurs. Avec, en prime, le risque de déclencher une crise financière. […]

Crainte des pays émergents

Déjà en 2013, la simple évocation de la fin programmée des achats massifs d’actifs (dette obligataire souveraine) par la Fed avait suffi à faire fuir les capitaux en masse du Brésil, de l’Inde ou encore de la Turquie, provoquant un effondrement de leurs devises. Cette fois, les effets provoqués dans ces pays par une hausse des taux aux États-Unis pourraient être encore plus violents, d’autant que ces pays connaissent tous, sans exception, une forte baisse de leur régime de croissance. […]