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Qui devient pauvre et qui s’en sort ?


Terminale   Pauvreté  

Source : Centre d’observation de la société, 28 décembre 2015

 

La pauvreté n’est pas une situation figée. Pour interpréter son évolution, il faut s’intéresser aux parcours : ce qui fait que l’on devient pauvre ou que l’on s’en sort.

 

L’évolution du taux de pauvreté est souvent mal interprétée. Pour le comprendre, prenons l’exemple de ce qui s’est passé entre 2009 et 2010, objet d’une étude approfondie de l’Insee1. Le taux de pauvreté2 est alors passé de 12,7 % en 2009 à 13,6 % en 2010, il a donc augmenté de 0,9 point. Mais le nombre de pauvres de 2010 n’est pas équivalent à celui de 2009, auquel on aurait ajouté un complément. Notre « modeste » hausse masque deux phénomènes de sens contraire : 4,4 % de la population est sortie de la pauvreté et 5,3 % y est entrée. Un tiers des pauvres de 2009 ne l’étaient donc plus en 2010. Un taux stable peut masquer des mouvements d’entrée et de sortie dans la pauvreté de grande importance.

Pour interpréter l’évolution de la pauvreté, il faut s’intéresser aux parcours : ce qui fait que l’on devient pauvre ou que l’on s’en sort. Prenons maintenant, non pas tous les pauvres, mais ceux qui le deviennent une année donnée. Selon l’Insee, la moitié restera pauvre l’année suivante, 30 % au bout de trois ans et 20 % au bout de quatre. Une histoire de verre à moitié vide ou à moitié plein. Quatre années après être devenues pauvres, 80 % des personnes ne le sont plus : la pauvreté n’est pas une trappe dans laquelle on tombe et dont on n’échappe pas. En même temps, cela signifie qu’une partie de la population reste durablement marquée. […]

Pour bien analyser ces parcours, il faut aussi de la durée. L’Insee a suivi durant cinq années les personnes pauvres de 20043. Au cours des cinq années, 12,8 % de la population a connu la pauvreté monétaire au moins une fois et 3,7 % l’est restée en quasi-permanence : c’est le cœur de la pauvreté en France. Les auteurs mettent en avant l’effet du diplôme : « Si faire des études n’est pas un bouclier contre toutes les situations de pauvreté, cela n’en constitue pas moins un moyen efficace pour éviter la pauvreté durable ». Au total, 40 % de la population est sortie du système scolaire avant 17 ans4, 48 % des pauvres sont dans ce cas, mais c’est le cas de 58 % de ceux qui sont restés pauvres au moins quatre années. Les auteurs insistent aussi sur l’effet des séparations. Un événement rare au niveau de l’ensemble de la population (3,7% de la population présente entre 2004 et 2008 est concernée), mais qui a un impact fort : c’est le cas de 6,5 % de l’ensemble des pauvres et de 10,4 % des personnes restées pauvres quatre années. […]

L’idée qu’à un moment donné tout le monde puisse devenir pauvre est une vue de l’esprit. « Parmi la tranche des niveaux de vie modestes, les chômeurs, les immigrés, les familles monoparentales et les familles nombreuses suivent plus souvent des trajectoires « descendantes » conduisant à des situations de pauvreté monétaire. », analysent les auteurs. Trois événements majeurs peuvent faire basculer des catégories modestes vers la pauvreté : travailler un nombre de mois inférieur dans l’année (précarité de l’emploi), se retrouver au chômage ou le retour d’un enfant au foyer familial. A l’inverse, la formation d’un couple, qui crée des économies d’échelle dans le logement (pas besoin d’une salle de bain par personne), et la prise d’autonomie d’un enfant peuvent permettre de sortir de la pauvreté.

Ces études portent sur un temps qui reste assez court, quelques années tout au plus, et ne donnent qu’une idée rudimentaire de parcours qui peuvent être faits d’allers-retours entre des niveaux de vie modestes et la pauvreté, en fonction notamment des aléas de l’emploi. En allongeant la durée d’observation, la probabilité de connaître au moins une fois la pauvreté augmenterait et la part de personnes engluées dans la pauvreté baisserait.

On peut tout de même en tirer plusieurs grands enseignements. Premièrement, d’une année sur l’autre, un tiers des pauvres ne le sont plus, cela peut sembler modeste, mais cela va à l’encontre d’une pauvreté figée. Deuxièmement, l’événement majeur qui fait basculer vers la pauvreté ou en sortir, c’est l’accès à l’emploi ou sa perte, mais aussi le défaut d’emploi durable. Et là, la catégorie sociale et le diplôme sont des éléments clés. Troisièmement, les événements familiaux ont moins d’impact pour l’ensemble de la population, mais une séparation marque durablement, notamment les femmes avec enfants. Une naissance joue peu, mais l’autonomie prise par un enfant a un effet.
 [1]

http://www.observationsociete.fr/qui-devient-pauvre-et-qui-s%E2%80%99en-sort